vendredi 3 mai 2013

Cuisiner avec amour, sans gluten: interview avec Ani Baboyan

cake salé, préparé par Ani Baboyan



1. Peux-tu te présenter? (nom/âge/profession... ou ce que tu veux)

Ani Baboyan, 28 ans, j'ai un Master en Relations Internationales de l’Université Saint-Joseph (Beyrouth) et je travaille dans la logistique. Cœliaque depuis 3 ans.


2. A quel âge as-tu découvert ton amour pour la cuisine? Qu’est-ce qui te fait aimer la cuisine?

Dès 4 ans, lorsque ma mère a gentiment demandé à la petite souris de m’offrir un tablier de cuisine, car j’avais perdu ma petite dent.

3. Avais-tu déjà entendu parler de l'intolérance au gluten, avant?

JAMAIS! Je ne savais pas ce que le mot gluten voulait dire et je n’avais jamais entendu parler de la maladie cœliaque. Je n’avais jamais rencontré une personne cœliaque.


4. Comment le sans-gluten a-t-il changé ta vie?

D’une part en très très bien car :

1- J’ai guéri d’une anémie sévère, d’une maigreur et d’une fatigue chronique, ainsi que d’une atrophie villositaire intestinale.

2- Le sans gluten m’a permis de me consacrer avec ma mère à notre passion, la cuisine d’une manière «challenging».

Mais de l’autre part, il y a des jours où la vie sans gluten devient difficile et m’agace.

Au Liban, les gens ne sont pas habitués à la rigueur. On « triche » dans la vie quotidienne à tous les niveaux. (Mettre un jour oui, un jour non la ceinture de sécurité, brûler les feux rouges…)

Donc suivre un régime est bien accepté dans l’absolu, mais les « écarts sociaux » sont réclamés.

« Allezzzzzz! aujourd’hui oublie ton régime », une fois c’est pour la mariée, une fois c’est pour le défunt...

Cependant, le plus difficile n’est pas de faire face à ces réclamations, mais parfois de se retrouver dans des situations où on ne peut strictement rien consommer, et que la faim nous dévore.

Rkakat préparés par Ani Baboyan


5. Quel plat sans-gluten es- tu particulièrement fière de réussir?

1- Aaa! Les rekakat (fromage-viande, ou à la chinoise en forme de rouleaux de printemps)
Le défi était de réussir la pâte.

2-Le boulgour sans gluten avec ses trois tailles : fin, moyen et gros.
Il faut rappeler que le boulgour est nécessaire pour préparer de nombreux plats sans gluten libanais, et arméniens.



6. Quel défi sans gluten n’as-tu pas encore relevé?

Pleins, pleins, pleins!

Je planifie avec ma mère de commencer nos essais pour les douceurs orientales comme :
-Kellaj de Ramadan
-Nammoura
-Znoud el Sett
-Halewet el-Jeben
-Kenfet Jeben
Et enfin : la semoule de la Moughrabieh.

C’est beaucoup de "challenges", et de "funs", alternés avec des moments de colère, de fatigue, et de déception, mais c’est toujours la joie qui prend le dessus.

Parfois les essais durent des mois, et ont même plusieurs phases.


7- Dois-tu faire souvent face à certains clichés? Certaines réflexions?

Non.

Parfois on me dit en rigolant: "C’est bien si tu veux maigrir, tu n'as qu'à manger du gluten".

Ou bien peut-être que si. J’ai dis spontanément « non » puisqu’en général, j’accepte gentiment les réflexions. 

Tant que j’y pense, une fois je lisais un document en anglais, intitulé "les 10 remarques à ne jamais faire à une personne souffrante de la maladie cœliaque". La remarque la plus vexante selon l’article est de dire à une personne cœliaque: « Moi je ne pourrais jamais faire ce régime, et je préférerais mourir que de ne pas consommer du gluten ».

De nombreuses personnes m’avaient donné cette remarque auparavant, notamment mon mari, qui me le répétait au quotidien.

J’avais toujours accepté la remarque avec un grand sourire. Ce n’est uniquement en lisant l’article que j’ai compris que cette remarque pourrait-être vexante.


8- Pour toi, qu'est ce qui ferait du Liban un paradis "sans gluten"? Qu'est-ce que tu aimerais avoir au Liban, pour que la vie sans gluten soit plus facile?

Il faut rappeler que le régime sans gluten est un régime à vie, et difficile.

Le gluten est non seulement utilisé dans de nombreux plats mais se cache quasiment dans tous les aliments notamment depuis le développement de l’industrie alimentaire.

La mise en place de structures facilitant le régime de toute personne souffrant de la maladie cœliaque est nécessaire. Toute idée allant dans ce sens est intéressante à développer pour que la « vie sans gluten soit plus facile ».

Voici quelques idées, rêves, souhaits ou projets :
1- Chaque restaurant devrait marquer obligatoirement dans leur menu le sigle de l’épi de blé barré pour les plats qui sont sans gluten.
2- Un rabais automatique de 25 % pour toute consommatrice cœliaque pour les produits garantis sans gluten.

3- Une prise de sang obligatoire pour tester le taux des immunoglobulines de chaque enfant par leur pédiatre à l’âge de 5 ans-10 ans et 15 ans.Une prise de sang obligatoire pour tester le taux des immunoglobulines de toutes personnes ayant une anémie.

4- Faire des campagnes de dépistages gratuites (à travers le test des immunoglobulines ) dans les écoles, universités et lieux de travail.

5- Que les assurances acceptent de payer les prises de sangs des tests des immunoglobulines.
6- Avoir un plus grand choix de produits garantis sans gluten dans les supermarchés.
7- Avoir un supermarché spécialisé dans les produits sans gluten.
8- Avoir une pâtisserie spécialisée dans les gâteaux sans gluten.

9- Avoir des farines de riz et de mais moulu au Liban et certifiées sans gluten. 
10- Avoir une association pour la maladie cœliaque au Liban.

Tarte aux fraises préparée par Ani Baboyan
Merci Ani pour ton riche et sincère témoignage!
Vous pouvez voir d'autres plats préparés par Ani ici.

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